Soleil de minuit (démenti)

C’est incroyable comme la météo change tout. Aujourd’hui ça paraîtrait plus que vivable. Hier j’écrivais sur la pluie, aujourd’hui je pourrais écrire l’inverse et aussi dire que je vais rester habiter ici à vie. C’est ça, l’Islande, ça joue avec les sentiments et l’humeur et tout cela change aussi vite que le temps. Il est onze heures quarante-cinq, du matin, et je suis assis là sur la plage de Nauthólsvík et, si je me m’allonge sur le sable bien au ras du sol abrité des herbes et des rochers, j’aurais presque chaud. Officiellement il ne fait que 12 degrés mais dès que le soleil est là et que le vent s’en va, on croirait presque que c’est l’été.

L’odeur de l’été islandais s’intensifie à chaque pédalage à vélo au milieu des lupins et des bouleaux. Je parle toujours de cette odeur parce qu’elle me titille les narines, et j’ai mis longtemps à trouver son origine. Elle émanait de partout et je sentais toutes les fleurs et tous les arbres à la recherche de son auteur qui n’était autre, en fait, que la sève d’un bouleau si commun. L’Esja est encore d’un grisâtre post-fonte des neiges et les premiers tapis verts grimpent timidement sur ses versants. Bien tardivement, cette année.

Aujourd’hui j’écris cet article et je sais que demain je pourrai écrire le même qu’hier. C’est le risque de vivre aux 64 degrés nord.

On parle beaucoup de départ. Je sais qu’autour de moi, ici, on n’aime pas trop ça. Que ça n’est plus juste une idée, que ça se concrétise. Je deviens un nom de plus sur la liste. Je sais que je devrais peut-être moins en parler, parce que d’abord c’est encore loin, et aussi parce que c’est difficile, comme moi comme pour les autres. L’Islande n’est pas encore le passé et je n’ai pas envie qu’elle le devienne non plus.

Il est minuit vingt-quatre. On est donc maintenant le 21 juin. Pas vu venir, celui-ci. À si peu voir le soleil on a à peine vu les journées se rallonger, mais pourtant aujourd’hui il était là. J’ai pu bouquiner devant ma porte, au soleil, et je me suis même dit “j’ai trop chaud, là”. Ça fait du bien.

Il est minuit vingt-six, et quand même quand je vois ce ciel rose et bleu de la nuit inexistante, je me souviens pourquoi je suis venu. Aucun regret. Je me devais d’être là, rien que pour un jour comme aujourd’hui.

Photo du haut : Úlfarsfell, 20 juin 2018.

Photo du bas : la plage de Nauthólsvík, 20 juin 2018.

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