Survivre à l’hiver

Je ne l’avais pas vue venir, celle-là. La dépression hivernale. Le premier hiver, j’étais dans l’excitation de la nouveauté et j’avais encore tout à faire. Je ne connaissais personne mais j’avais le temps, et j’étais là, c’était tout ce qui m’importait. Le deuxième hiver, j’étais trop occupé à être malade entre l’hôpital et le fond de mon lit, je n’avais pas tant le temps de penser. Le troisième était pourtant bien parti. La météo en novembre et décembre n’avait pas été si mauvaise, en dépit des quelques heures de lumière de jour.

Je ne pensais pas que l’esprit humain puisse s’assombrir de cette façon en seulement quelques minutes. Je n’ai pas été prudent. J’ai négligé les vitamines et j’ai fait moins de sport que l’année dernière. Je me suis posé des questions sur le futur. Non pas que je ne sois pas heureux de ma situation actuelle, mais c’est arrivé, c’est ainsi. Heureusement, je suis bien entouré et en parlant cette chute de moral autour de moi – moral qui s’est écrasé en bas des falaises de Látrabjarg – j’ai compris que je n’avais rien d’original.

Le médecin non plus n’y a rien trouvé d’original. Apparemment, la dépression est une maladie très islandaise. C’est vrai que depuis que je vis ici, j’ai une tendance à l’émotivité, et les émotions changent aussi rapidement que la météo, je vous laisse imaginer le résultat. J’ai dit non aux antidépresseurs quand mon médecin me les a proprosés – c’est une option courante dans le pays le plus consommateur au monde de ceux-ci – et je me contente d’augmenter la dose de vitamine D à 1000 % des apports journaliers recommandés couplée à trente minutes de luminothérapie quotidienne.

Et puis, la lumière revient. En huit jours, nous allons gagner une heure, et ce jusqu’au mois de mai où le jour sera infini et que je me plaindrai de ne pas avoir de rideaux assez occultants. Mais allez, promis, je ne me plaindrai pas de ça. Ce qui est sûr, c’est que je réfléchis à mon avenir ici. Pour l’instant, je ne sais pas, mais j’ai compris que j’avais une liste assez longue de possibilités, et en tout cas l’année prochaine, je ne me ferai pas avoir. Les vitamines, ce sera dès octobre.

En haut, une photo du tunnel de glace de Langjökull.

Tjörnin, pendant ma pause.
Tjörnin, pendant ma pause.

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