Nightcall

Je suis assis au volant, je viens de couper le moteur mais je laisse l’autoradio me jouer Nightcall de Kavinsky. J’observe l’alignement des lampadaires blafards de ma rue qui contraste étrangement avec la chaleur désorganisée des décorations de Noël qui ornent les maisons et les orneront encore probablement pendant les deux prochains mois d’hiver/de nuit. J’essaie de suivre les paroles de Nightcall avec ma voix cassée de quelques jours d’une bonne crève et je me demande si le son qui en sort ressemble à quelque chose. Probablement pas. Assis là, je contemple le noir, ça ne dure que trois minutes, mais ce sont trois minutes qui me font réaliser – me rappellent – que je viens de passer mon troisième nouvel an ici et que j’ai dit, peu après minuit, que je ne me le voyais pas passer ailleurs qu’ici, dans l’euphorie des feux d’artifice omniprésents.

Ceci dit, je ne l’ai pas vu venir, ce nouvel an. C’était la première fois que je travaillais alors cette fois-ci, je n’ai pas vraiment bu ni ne suis allé en ville pour danser au Kiki. Un nouvel an raisonnable et calme, en somme.

Mais il y a eu ce 30 décembre. C’était le plus beau concert de ma vie. Je n’en ai certes pas vu beaucoup. Mais Sigur Rós à Harpa, c’était plus beau qu’un rêve. J’ai eu des frissons continus sur Sæglópur (voyez ici), chanson qui m’a réveillé chaque matin pendant des années. L’atmosphère était incroyable, les lumières nous happaient sur scène pour y rejoindre Jónsi. Le temps était inexistant et quand le concert s’est terminé nous avions l’impression que seules trois chansons avaient été jouées – ce qui n’est pas loin d’être vrai puisque beaucoup de leurs chansons durent plus de 10 minutes. C’étaient certainement les 13.000 couronnes les mieux dépensées de ma vie, même mon sur-matelas plutôt confortable au même prix n’atteint pas la moitié du bonheur vécu ce soir-là.

J’ai déjà dit que je serai là au prochain nouvel an. 2017 m’a certes amené mes premiers doutes sur la prolongation de ma présence ici. Pas facile de trouver ce que l’on veut faire de sa vie. J’ai 24 ans, et déjà être arrivé jusque-là je n’y aurais pas toujours cru. Mais je suis bien là, avec la ferme intention de rester. Je suis plutôt bien dans ma vie maintenant et je ne vois pas pourquoi cela changerait. En Islande ou ailleurs un jour peut-être, mais tant que les questions où, pourquoi, comment et avec qui, se poseront toujours, mon avenir sera en Islande. Je n’ai pas l’envie ni le courage de reprendre tout à zéro ailleurs et je ne ressens pas le besoin de retourner en France. J’ai une situation qui s’est stabilisée et je commence à parler la langue assez bien pour survivre, et même si je ne serai probablement toujours qu’un étranger, je ne vais quand même pas arrêter maintenant.

J’ai hâte, en tout cas, de voir ce que la suite me réserve. Elle me fait un peu peur, peut-être, parce que l’inconnu fait peur, oui. Mais les pages sont encore blanches et c’est moi qui choisirai les mots à y écrire. Être auteur, pas lecteur.

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Parfois, je trouve une excuse pour monter au quatrième étage de l’hôtel juste pour observer le lever du soleil sur Hallgrímskirkja.
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Coucher de soleil permanent.

 

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2 thoughts on “Nightcall

  1. Si tu t’y plais et que ta situation notamment avec le travail s’est “stabilisée”, alors c’est normal qu’il soit difficile de quitter le pays c’est sûr! :)

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