Blanc printemps

English below the pictures.

Le réveil était surprenant. Le froid soleil de la veille avait été remplacé par des nuages blanchisseurs de bitume. La neige était passée par là. À 8h30, les rues de Sauðárkrókur, revêtues de ces quelques centimètres, sont vides de vie. Seul le vent – léger – siffle. Pourtant, le village semble être le centre de vie de la région. Tous les services y sont, plusieurs banques, assureurs, avocats, supermarchés… Mais en ce matin de Vendredi Saint, où tout est fermé – même les bars, qui ont interdiction d’ouvrir, cela semble être une autre ville, une autre vie. Il est certes loin le temps des pêcheurs, de leurs cabanons et de leurs dix heures de marche pour aller au village le plus proche que décrit si bien Jón Kalman Stéfansson dans Entre ciel et terre. Et pourtant, il est encore un peu là, dans une autre mesure. Je n’arrive pas vraiment à imaginer la vie ici, où le quotidien serait de ne croiser au quotidien que les mêmes personnes, les voisins qui connaissent tout de ta vie. Non pas qu’il y ait des choses à cacher ; mais l’intimité, que l’on a quand même à Reykjavík, semble disparaître complètement dès lors que l’on met les pieds hors de la capitale.

Sur la route, le temps était dégagé. Si dégagé qu’il m’a permis d’apercevoir cet endroit qui me fait tant rêver : les Strandir. Depuis Blönduós, on aperçoit la petite baie de Kaldbaksvík, visitée l’année dernière, où trône fièrement une maison en bois qu’il ne me déplairait pas d’acquérir. Mais, c’est loin, loin de tout. Inaccessible, et pourtant si proche à la vue.

Qu’il est impressionnant de voir ces morceaux de terre charcutés par l’océan. Tant de personnes ont perdu la vie en traversant les fjords quand il n’y avait pas de ponts, que des barques. Perdre sa vie pour gagner 200 km. 200 km, il y a deux siècles, c’était autre  chose, c’est vrai. Aujourd’hui le paysage n’est pas si différent ; il est simplement bien plus accessible.

La neige de Sauðárkrókur a laissé place à un soleil bien agréable sur la route vers Hofsós. Mais avant de rejoindre la ville, je me dirige vers Hólar. Hólar, c’était le siège d’un des deux évêchés d’Islande, avant qu’ils ne soient réunis à Reykjavík au XIXe siècle. Autant dire un lieu d’importance dans l’histoire du pays. Aujourd’hui, dans un petit village presque sans prétention, il y a une des quelques universités que compte l’Islande. Elle est spécialisée dans l’agriculture, et particulièrement tout ce qui touche au cheval. Dans cette vallée un peu loin de tout (vous me direz ce n’est pas la seule dans le coin) se trouvent une vieille église et un campanile qui dominent les alentours. Plus loin, une impasse, le bout. Derrière, la montagne, blanche, haute, que vient éclairer un rayon de soleil.

Et puis, Hofsós. Le village n’a pas vraiment d’intérêt, si ce n’est le petit port et surtout la piscine. Toute récente, installée à côté de colonnes de basalte, elle a la particularité de dominer le fjords tout entier. Je crois que c’est la plus belle piscine d’Islande. Accoudé au bord de l’eau chaude, je peux observer cet univers d’eau glaciale qui sépare les montagnes enneigées. De là, on voit le bain naturel où je suis allé la veille. 15 km entre les deux sites à vol d’oiseau, 53 km de route. Ce n’est qu’un exemple des distances ici.

Le chemin continue vers le Nord et la péninsule de Tröllaskagi. Je n’y étais jamais allé. Après Hofsós, le temps s’assombrit. Le soleil est vite remplacé par les nuages, puis, bien gris, ils distribuent flocons de neige en quantité. La route est blanche, mais je finis par arriver à Siglufjörður. Si je me faisais la réflexion sur Sauðárkrókur et le fait d’y vivre, n’évoquons même pas Siglufjörður, avec ses airs de décor d’Ófærð (ça tombe bien elle a été tournée en partie ici ; c’est cette série géniale distribuée en France sous le nom anglais de Trapped). La météo n’est pas très motivante, je continue la route. J’emprunte les tunnels qui s’enchaînent – tunnels à une voie sur plusieurs kilomètres pour certains, je rejoins Ólafsfjörður où j’avais prévu de randonner mais là encore la motivation manque, puis Dalvík. Les flocons s’enchaînent et le temps se dégage finalement à l’approche d’Akureyri. Les montagnes en arrière-plan sont d’un blanc éclatant alors que le rétroviseur me renvoie l’image du gris que je viens de traverser.

Enfin, Grenivík. Grenivík c’est aussi le bout du monde (décidément !). Là encore la route est en impasse. À 35 km au Nord d’Akureyri il y a un petit village, puis, plus rien. Cette fois-ci aucune route ne suit les fjords. La péninsule est inaccessible et seule deux pistes (ouvertes en été) permettent d’en rejoindre une partie. Peut-être est-ce la météo qui rend ces villages si… étranges. Ils ne sont pas abandonnés, loin de là, mais ils paraissent d’un autre temps. Impressionnant.

 

Kolugljúfur
Kolugljúfur
Norðurádalur
Norðurádalur
Reykjaströnd, sur la route de Reykir
Reykjaströnd, sur la route de Reykir
Skagafjörður
Skagafjörður
Hólar
Hólar
Hólar
Hólar
Hólar
Hólar
Laufás, entre Akureyri et Grenivík
Laufás, entre Akureyri et Grenivík
Sur le retour, dans la vallée de Hörgádalur
Sur le retour, dans la vallée de Hörgádalur

 


When the alarm rang there was a surprise. The cold sun from the previous day had been replaced by snowy clouds. The whole village was covered by snow. Sauðárkrókur was empty of life. Only the light wind was whistling in the streets, no other noise. Nonetheless it is a “big” village: all services are there, several banks, insurers, lawyers, supermarket… For sure, Good Friday was a bit responsible for this emptiness. Even bars were closed (they have to close for Good Friday!).

It is certainly far from the time of the fishermen, their isolated huts and their hikes to the town that would take 10 hours (read Jón Kalman Stéfansson in Heaven and Hell). And yet, it is still somewhat there, in another way. I can not really imagine life here, where everyday life would be to see the same people everyday. Everyone knows each other and knows your life. Not that I would have something to hide, but still, the intimacy that you can have in Reykjavík is simply inexistant here.

On the road the weather was clear. So clear that from Blönduós I could see MY place, that I would love to live: Kaldbaksvík, in the Strandir area. I can see from here that cute wooden house that I wouldn’t mind buying. It is so far, so remote, but yet so close to sight.

The snow of Sauðárkrókur has let a pleasant sun on the road to Hofsós. But before I got to the town, I went to Hólar. Hólar was one of the two bishoprics of Iceland, before they were reunited in Reykjavík in the 19th Century. In other words, a place of importance in the history of the country. Today, in a small village almost unpretentious, there is one of the few universities in Iceland. It is specialized in agriculture, especially in everything horse-related. In this valley far from everything (another one!) are an old church and a campanile that dominate the surroundings. Further on, a dead-end street. And behind, the mountain, white, high, that a ray of sun illuminates.

And then Hofsós. The village is not really interesting for anything but its small harbor and its pool. Very recent, installed beside columns of basalt, it has the peculiarity of dominating the entire fjords. I think this is the most beautiful pool in Iceland. Leaning on the edge of the hot water, I can observe this universe of cold water that separates the snow-covered mountains. From there you can see the natural bath where I went the day before. 15 km between the two sites, but 53 km by road. This is just one example of the distances here.

The road continues to the North and the Tröllaskagi peninsula (skagi means peninsula so my sentence is basically the peninsula of the peninsula but anyway). I had never been there before. After Hofsós, the weather darkens. The sun is quickly replaced by clouds,  with snow in quantity. The road is white, but I finally get to Siglufjörður. If I were thinking about Sauðárkrókur and the fact of living there, I will not even mention Siglufjörður, that looks like Ófærð (this series (in English: Trapped) was partly shot here, so there’s an explanation). The weather is not very motivating, I keep going throuh the numerous tunnels. There is Ólafsfjörður, where I had planned to hike but here again the motivation is missing, then Dalvík. And finally, there is Akureyri. The mountains in the background are so bright, whereas in the mirror I see the gray that I just left behind.

Finally, there is Grenivík. Grenivík is also the end of the world (again!). Here the road is a dead-end too. At 35 km North of Akureyri there is a small village, then nothing. This time no road follows the fjords. The peninsula is inaccessible and only two tracks (open in summer) are accessible. Perhaps it’s the weather that makes these villages so … strange. They are not abandoned, far from it, but they seem from another time. Impressive.

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