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Il peut m’arriver, quelques fois, de me demander comment je suis arrivé ici, ce que je fais là. C’est vrai, j’ai quand même quitté mon confort pour venir ici. Je ne peux pas dire que ma situation est inconfortable pour autant, et heureusement, mais je n’ai peut-être pas choisi la facilité. C’était pourtant l’évidence.

Au moment où j’écris ces lignes, nous sommes dimanche soir, ou plutôt lundi matin. Il est 0:14. Après une journée plutôt tranquille agrémentée de grasse matinée, de courses et de piscine, je suis allé au cinéma voir le dernier James Bond, Spectre. Là n’est pas l’intérêt de ces quelques lignes. En m’y rendant à vélo, ayant pris pour réflexe de lever la tête vers le ciel dès que le temps est clair – on ne sait jamais – quelle surprise de voir ces lueurs vertes qui dansent à la verticale. Je m’arrête. J’observe. Où regarder ? Il y en a partout. C’est un mouvement continuel. Est-ce que je dois vraiment aller au cinéma ? N’aurais-je pas mieux à faire ?

Je vis ici. C’est un luxe. Je peux aller au cinéma comme prévu, en me disant qu’il y en aura d’autres. Que n’avais-je pas pensé là ? À la sortie, elles m’attendaient. J’arrive au bord de la mer, tout près de chez moi. Il n’y a quasiment pas de lumière artificielle – du moins aucune à distance gênante – quand je regarde vers le Sud. Comment puis-je décrire ce moment ? Est-ce que les mots peuvent décrire l’aurore boréale quand même l’appareil photo n’arrive pas à le faire correctement ? Ça virevolte, ça tourbillonne, ça s’enroule. Je comprends mieux pourquoi l’Homme a eu besoin de trouver en une ou des divinité(s) une réponse à ce phénomène. L’être humain est bien petit sous ces nuées de lignes vertes se chevauchant et se succédant. Et, pour bien appuyer cette sensation de petitesse de l’humain – ou de grandeur de la nature – ces deux étoiles filantes qui traversent les aurores.

Il est maintenant 0:26. Ce soir, j’ai compris – comme s’il me fallait encore le comprendre – ce que je faisais là. Pour rien au monde je n’échangerai ma place. Je vis ici.

Ces lignes ont été écrites le 8 novembre.

Le lac Tjörnin a commencé à geler et la neige est arrivée.
Le lac Tjörnin a commencé à geler et la neige est arrivée.

Cette précision me paraissait importante au regard des événements en France. Loin de n’être pas touché, je suis quand même heureux de me trouver dans un pays où je ne risque pas grand chose. À choisir la fin, je préférerais une éruption volcanique. J’ai pris conscience de ce qu’il s’est passé en France quand j’ai vu l’ampleur de l’hommage ici. La minute de silence à l’Ambassade, les bâtiments illuminés en bleu-blanc-rouge… Je me souviens de janvier. Charlie. Ici, il y avait déjà eu un hommage national. Je m’étais, à ce moment-là, dit, qu’il était quand même peu probable que cela recommence, que je me trouve en Islande et que je vive de l’étranger ce genre d’événement. Et pourtant, 11 mois plus tard, les mêmes personnes venaient veiller à l’Ambassade. Toutes ahuries de s’y retrouver encore, pour les mêmes raisons.

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