Ég bý hér.

Afsakið, ég tala ekki islensku, en ég er að læra. Já, ég er frá Frakklandi en ég bý hér!


Pardonne-moi, je ne parle pas islandais, mais je suis en train d’apprendre. Oui, je viens de France, mais j’habite ici !

Qu’est-ce que ça fait, d’habiter en Islande ? Je crois avoir déjà employé le mot “étrange” dans mes précédents articles, je ne vais pas le réutiliser ici. D’ailleurs, ça commence à ne plus l’être ; je prends mes marques. Lundi, j’ai commencé les cours d’islandais. 2h de cours, trois fois par semaine et pendant six semaines, vais-je devenir bilingue ? Rien n’est moins sûr. Les premiers cours consistaient à se présenter, à utiliser les politesses, ce que je connais déjà – en partie. C’est en tout cas amusant de se retrouver en classe avec des adultes, tous immigrés, d’horizons si différents.

Dimanche dernier, j’ai rencontré un couple qui tricote des pulls islandais à la demande. Ils sont informaticiens le jour, tricoteurs la nuit, c’est une passion. Ils ont une page facebook et c’est par cet intermédiaire que je les ai connus (d’ailleurs, énormément de trucs passent par facebook ici : il y a des centaines de groupes pour des petites annonces de différents domaines, logements, voitures, vélos, livres et même chevaux !). Nous nous sommes donc rencontrés dans un petit bar (le Babalú), qui n’a pas changé d’endroit ni de style mais qui a triplé de surface. C’était là que l’on venait jouer aux jeux de société il y a trois ans. (J’ai parfois l’impression d’être en pèlerinage et de revenir sur les lieux d’un bonheur éphémère passé, c’est peut-être ça le plus étrange dans le fait d’être ici.) Nous avons donc papoté puis sommes allés choisir la laine, les motifs et les couleurs du pull qu’ils allaient me tricoter. Ici, le lopapeysa, littéralement pull en laine, est une institution. Chaque Islandais se doit d’en avoir plusieurs, tricotés main par la grand-mère. Avec 900 000 moutons, forcément la laine est présente. L’immense avantage est sa résistance au froid, à la durée et surtout le fait qu’elle sèche vite. Ce n’est pas inutile ici. Mais pour un étranger, comme moi, il est difficile de pouvoir se faire faire tricoter un pull par une grand-mère islandaise qui ne serait pas la mienne, et connaissant ma patience, je ne parierais pas sur mes talents. À acheter, ça coûte quand même cher, autour de 18 000 couronnes (env. 130 euros). C’est donc un sacré bon plan que de faire appel à ce couple qui me fait un pull sur mesure avec des motifs que j’ai choisis, puisque ça ne me coûtera que 11 000 couronnes (env. 80 euros). Et que c’est investissement, ça dure à vie. Puis, il aura une histoire, il racontera une rencontre, un contexte.

Ce weekend, ainsi que la semaine passée, c’était les Airwaves, un festival, que dis-je, LE festival, qui a positionné l’Islande comme une scène mondiale de la pop, du rock, de l’indie, de l’alternative. Les artistes sont certes quasiment tous islandais, mais les festivaliers, venant du monde entier, envahissent Reykjavík. On n’imagine pas à quel point une si petite capitale peut malgré cela être une capitale culturelle renommée. Combien de villes de 120.000 habitants peuvent-elles se targuer d’accueillir trois ou quatre festivals de musique, dont deux internationalement reconnus, un festival international du film ou même le festival du film français ? C’est aussi ce que j’aime ici. Pourtant pas un artiste dans l’âme, j’aime l’idée qu’en Islande chaque personne peut être et est artiste. Chaque musicien est membre de plusieurs groupes de musique et on les retrouve d’une scène à l’autre.

Et puis, c’était l’occasion pour moi de revoir For A Minor Reflection, ce groupe de musique que j’affectionne particulièrement. Ils ne sont pas très connus, mais j’ai fait leur connaissance, un jour de septembre 2012. Il y a trois ans, je les voyais en concert aux Airwaves, charmé par leur musique. Trois ans après, quasiment jour pour jour, je les retrouvais dans le sous-sol du Bar Eleven, sur Hverfisgata. Ils n’ont pas changé. Peut-être ont-ils vieilli, comme moi. Il y a ce truc, indescriptible, qui fait que l’émotion et les souvenirs reviennent. Une musique peut porter en elle tant de choses, et la leur porte le doux parfum d’un passé redevenu futur.

Bon, vous allez croire que je vis beaucoup dans le passé. C’est en partie vrai, mais j’ai quand même profité de ces Airwaves pour découvrir de nouveaux groupes et pour voir en vrai ceux que j’écoutais déjà. Mon samedi après-midi a été consacré à cinq concerts : Arstiðir (que je vous conseille particulièrement), Helgi Valur, FURA, Wesen & Milkywhale.

Sans transition, il y a quelque chose chez les Islandais qui m’amuse. C’est cette manie qu’ils ont de vouloir à tout prix savoir ce que l’on pense d’eux, de leur pays. À chaque première rencontre, la première question est “How do you like it?” (tu aimes l’Islande ?), comme si tout ce qui comptait pour eux était le regard de l’étranger, comme s’ils devaient tâcher de plaire à l’autre. Je n’arrive pas tout à fait à analyser ce besoin qu’ils ont de se sentir appréciés. Peut-être l’insularité et l’isolement – qui est pourtant aujourd’hui totalement révolu – les ont rendus sévères avec eux-mêmes. Pourquoi les gens viendraient-ils vivre dans notre pays ? Qu’est-ce qu’il y a de si bien ici pour qu’ils viennent ? Ce qu’il y a de si bien, c’est peut-être ça, cette sorte de modestie, qui cache pourtant un patriotisme et un conservatisme bien plus important que l’on pourrait le croire vu d’Europe. (Je dissocie volontairement l’Islande de l’Europe comme elle se plaît à le faire elle-même.) Il y a en tout cas une culture intéressante, de laquelle nous avons beaucoup à apprendre. Mais rassurez-vous, ils ont aussi des défauts.

Samedi de beau temps = une randonnée sur l'Esja.
Samedi de beau temps = une randonnée sur l’Esja.
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7 thoughts on “Ég bý hér.

  1. Bon courage pour les cours d’islandais ! Oublie la grammaire, oublie ton accent, et surtout parle parle parle et parle ! C’est le seul conseil que je peux te donner, surtout à Reykjavik où les Islandais switcheront aisément vers l’anglais. Insiste et baragouine :) (écrit celle qui baragouine depuis 2 ans avec fierté / beaucoup de fautes / un accent pourri, mais le sourire !)

    A l’occaz faudrait qu’on se rencontre pour un café ou une piscine (je suis plutôt jacuzzi 38° à bulles et ligne d’eau “club med je fais la planche / dos crollé en cherchant les aurores boréales à travers la fumée vapeur d’eau dans la nuit”).

    1. Haha merci, j’ai déjà passé ce cap avec l’anglais en tentant le tout pour le tout, c’est comme ça que j’ai appris ! Mais comme tu dis, les Islandais ont cette sale réputation de switcher à l’anglais, c’est naturel chez eux, je pense qu’ils ne s’en rendent même plus compte… Et pourtant ils aiment quand on essaie !

      Je suis plutôt 38°C sans bulles, mais bon je peux faire un effort ;)

  2. Petite question pour le spécialiste de l’Islande – même en tenant compte de la différence de forme étatique, peut-on considérer que Skálholt a été la capitale de l’Islande entre le Xe et le XVIe ? Merci pour la réponse et bonne (ré)adaptation

    1. Je ne suis pas du tout spécialiste de l’histoire de l’Islande, j’aurais peur de répondre une bêtise. Ce que je sais c’est que Skáholt était l’un des deux évêchés d’Islande, jusqu’au XVIIe siècle. Mais Reykjavík est le lieu du premier habitat et a toujours été la ville et le port principal d’Islande.

      1. Merci d’avoir pris le temps de répondre ! je suis preneur d’infos supplémentaires dans le cadre d’un travail sur les anciennes capitales européennes. Je manque un peu de doc sur le sujet, mais je suis certain qu’il doit y avoir un bon livre sur l’histoire de l’Islande. Bonne soirée

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